11 Nov

COVID et vérité

Accordons au moins un mérite à cette période covidique, celui de mettre en lumière la dimension plurielle de la vérité. Je m’explique : l’actualité nous démontre tous les jours depuis mars dernier que LA vérité n’existe pas, mais que chacun se crée la sienne. Et plus encore, chacun de nous peut trouver, dans cette actualité, tous les éléments qui vont le conforter dans SA vérité.

Commençons par désamorcer la question de la vérité scientifique. Les plateaux TV et les réseaux sociaux nous servent suffisamment de débats autant passionnés que violents, d’affirmations autant défendues que moquées, d’études autant louées que démontées et d’experts qui ont tous plus raison les uns que les autres, pour en conclure que la médecine est une science inexacte, mettant en jeu une part de subjectivité suffisante pour opposer ses adeptes.

Ainsi donc, chacun de nous se crée sa vérité et trouve tous les ingrédients qui vont lui prouver que c’est la bonne. Par exemple, l’individu qui a peur de cette épidémie parce qu’elle est très dangereuse trouvera mille faits qui lui donneront raison : les courbes exponentielles de cas positifs, un ami qui a eu des complications pulmonaires, un article sur un jeune de 20 ans qui en est mort, un reportage sur un service hospitalier saturé tant les malades sont légions, le discours alarmiste d’un cadre hospitalier épuisé réclamant plus de moyens. A l’inverse, l’individu qui considère cette épidémie comme bénigne trouvera lui aussi mille exemples qui lui donneront raison : le discours démystificateur de tel éminent professeur, les courbes de décès identiques aux années précédentes, un ami atteint de corona qui a été alité pendant 2 jours puis a repris une vie normale, une vidéo d’un soignant peu débordé prenant sa cinquième pause-café de la matinée.

Lequel de ces deux individus a raison ? Aucun. Ou chacun, plus précisément. L’humain fonctionne ainsi : il se crée sa propre vérité en suivant ses croyances personnelles, elles-mêmes résultant de son éducation, de son histoire et de son expérience. Et le filtre avec lequel ses sens appréhendent son environnement s’adapte à sa vérité, à l’histoire qu’il se raconte, pour lui prouver que sa pensée est bonne, afin d’assurer son équilibre psychique.

Le monde est dangereux ? Assurément oui ! Il y a des attentats à tous les coins de rue, les urgences ne peuvent plus accueillir les malades, qui meurent dans les couloirs, les tueurs en série rôdent dans les campagnes, les violeurs pédophiles n’ont jamais été aussi nombreux. Les médias l’ont dit !

Le monde est dangereux ? Assurément non ! On peut sortir acheter son pain toute une vie sans le moindre incident, on ne connaît aucun mort du corona de moins de 80 ans dans son entourage, on mène une vie de légèreté, agrémentée de doux moments en famille ou entre amis.

Tout ceci nous amène à la conclusion que si la vérité est subjective et propre à chacun, alors elle relève d’une décision personnelle. Est-ce que je décide de croire que le monde est dangereux, de vivre dans la peur, de m’enfermer chez moi sans plus voir personne, de me mettre un masque en papier pour me protéger d’un méchant virus qui m’en veut ? Ou bien est-ce que je décide de croire que le monde est bien fait, de prendre la vie comme un jeu, de braver le monde extérieur sans masque pour profiter de la vie et de tout ce qu’elle peut m’apporter ?

Pour ma part, j’ai décidé que « vivre » et « dans la peur » n’étaient pas compatibles dans la même phrase. Et j’ai surtout cette croyance forte, ma vérité, qui veut que « ma vie, c’est moi qui me la construis ». C’est moi qui décide, consciemment ou non d’ailleurs, du métier que j’exerce, de l’endroit où je vis, de qui je m’entoure et de ce qui est bon ou mauvais pour moi. Impossible pour moi de remettre dans les mains de quiconque le pouvoir de choisir à ma place, ni de faire porter à quiconque la responsabilité de ce que je vis et de ma situation. Par conséquence logique, il en va de même pour ma conception de la santé. Si je suis malade, qu’il s’agisse d’un rhume, d’une grippe, d’un corona ou d’un cancer, je me considère comme 100% responsable : mon hygiène de vie, mon alimentation, mon sommeil, l’environnement où j’ai choisi d’évoluer, ma gestion du stress et des émotions, mon histoire personnelle et toutes ces raisons insondables pour lesquelles je dois passer par telle ou telle épreuve, tout m’appartient. Telle est ma croyance, et telle est aussi la raison pour laquelle je refuse de porter la culpabilité dans la contamination d’autrui. Si je refuse de porter le masque en plein air et hors contexte de foule, ce n’est pas par esprit de contradiction gaulois mais parce qu’une vie de peur irrationnelle m’est plus insupportable que le spectre d’une maladie. Je ne me considère donc pas comme un « anti-masque », je ne me bats pas contre quelque chose, mais plutôt comme un « pro-sourire-dégagé » ou un « pro-respiration-libre ». Colossale nuance.

Je ne prétends, dans ce texte, émettre aucune certitude, mais simplement ma conviction profonde. Les certitudes sont à mes yeux le meilleur moyen de ne pas évoluer (encore une de mes convictions !).

Samuel Effray – 11/11/2020

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